29 nov. 2008

Au commencement, le verbe ?

Plutôt que d’étudier chacun pour soi et sa carrière dans un projet collectif qui les dépasse tous et leur échappe, les étudiants pourraient peut-être un jour prochain se demander quoi faire demain ensemble, que se dire d’autre qui ne soit déjà tout à fait prévisible entre eux. Cet égoïsme institutionnalisé qui oblige chacun à se soucier de sa carrière n’est pas fait pour contredire l’idée qu’il lui ait intelligemment inoculé (par l’inter-dire en place) comme programme de « liberté personnelle », et le plus ingénument imputé quand d’aventure ça tourne mal pour lui. Alors, comme la plupart des hommes, il préfère se ranger sagement dans l’inter-dire, y faire sa place sans rien contre-dire, sans faire de politique du dire. « Quoi de plus normal ! Pourquoi renoncer à sa carrière ou à la gloire !?» Nul doute que notre savoir-croire collectif est hiérarchisé, impose à chaque élève son croire présent (fait de promesses) et lui donne à choisir tel ou tel croire-être pour son avenir identitaire, lui fournissant même les moyens de se donner toujours raison d’être comme il est, pourvu que sur l’essentiel il ne sache pas ce qu’il fait. (1)

Ainsi, publier par exemple un « essai philosophico-politique » à l’issu d’un parcours universitaire requis et approprié (forcément !), cela ne remet justement pas en cause la politique de l’inter-dire présent ! Voilà qui était prévisible ...


Mais comment ose-t-on dire une "autre" politique
Tout en confortant la politique de l’inter-dire en place !?


S’il en est ainsi quotidiennement de nos pratiques en matière de communication humaine, il est assuré que l’inter-dire en tant que tel ne saurait pourtant constituer un jour pour nous un problème politique de première importance, voire le problème politique majeur à venir, sans avoir été l’objet, mauvaises habitudes obligent, de longues recherches et études...


Mais Messieurs Dames ! l’inter-dire alternatif ne dépend pas de votre savoir !
Il ressort d’une conception de l’être au monde !


Mais peut-être serait-ce un trop grand danger personnel, pour notre étudiant, que d’avoir à s’interroger sur le rôle du verbe savoir dans notre société ou plutôt sur la répartition des dires et des légitimités qu’il a instaurée depuis des siècles ? Aurait-il le courage de dire aux autres ce qu’un auteur de politique-fiction leur fait et comment il les traite quand il leur « parle » ainsi après avoir grassement étudié et sagement pris place ? Peut-être cela reviendrait-il à leur parler sans savoir ?


« Mais alors, que pourrions-nous avoir d’autre à nous dire !? Devons-nous renouer avec l’arbitraire ? »
- Et si c’était « l’arbitraire » d’une volonté commune de nous relier autrement en vue d’un autre monde ?

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(1) Une parenthèse : s’il n’a pas à s’occuper de la marche du monde, pourquoi lui donne-t-on sans cesse des nouvelles de celui-ci ? Infra.

1 commentaire:

joruri a dit…

Idée en lisant qu'en fait tout ce qu'on fait/croit, tout ce bâtiment de relations fictive n'est qu'une résistance à la réalité.
Cesser de croire, pour voir.

Je ne sais pas si ce com a sa place ici plus qu'ailleurs. A toi de voir.

Merci